« Persistons, luttons, redoublons, persévérons dans la guerre à tout ce qui est le mal, la haine et la nuit. »
Victor Hugo

Qu’est-ce que le XIXe siècle a encore à dire et à apprendre au XXIe siècle ? Dans ces lettres, Victor Hugo stigmatise les injustices commises et subies par ses contemporains et prophétise une Europe véritablement unie, dont le progrès et la liberté sont les devises. Une lecture vivifiante, adressée au genre humain tout entier, où une indomptable passion politique se transcende en souffle poétique.

Irréductible, Victor Hugo (1802-1885) l’est à bien des égards : figure absolue de l’homme de lettres français au XIXe siècle et chef de file du romantisme, il eut un rôle de poids sur la scène politique, devenant l’incarnation de la résistance au Second Empire. Tour à tour simple citoyen, sénateur et intellectuel engagé, il revendiqua des idéaux de paix et de fraternité dans ses écrits et dans ses actes, convaincu de l’incidence cruciale de la littérature sur la société et le pouvoir.

Extrait • Lettre de Victor Hugo à Charles de Lacretelle

En décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte (le futur Napoléon III) est élu président de la République. C’est pour Hugo le début d’une période de tourment politique qui l’éloignera toujours davantage des positions du gouvernement, jusqu’à la rupture définitive à l’occasion de l’expédition française contre la République romaine en juillet 1849. La missive suivante est adressée à Charles de Lacretelle qui, né en 1766, fut un témoin de l’opposition. Après vingt années d’une carrière journalistique émaillée de séjours en prison, il devient professeur d’histoire à la Sorbonne en 1812, avant de se retirer à Mâcon en 1848. C’est l’un des premiers spécialistes de la période révolutionnaire.

De l’Assemblée, 13 février 1849

Vous voyez les choses, mon vénérable ami, avec ce coup d’œil sûr et calme des esprits habitués à contempler et à méditer. Les hommes comme vous commencent par juger et finissent par aimer. En vieillissant, l’historien s’attendrit et devient un sage. Votre sévérité même est empreinte de bonté. Vous absolvez les choses parce que vous comprenez les hommes.
Cependant cette placidité sereine n’ôte rien à votre chaleur d’âme, et, quand nos sottises et nos folies sont dignes de colère, votre réprobation est d’autant plus pesante aux mauvais hommes qu’elle vient d’un esprit bienveillant.
L’histoire que nous faisons ne mérite pas un historien comme vous. Aussi je vous félicite de passer doucement votre vie dans vos champs à rêver et à faire des vers. Mais envoyez-moi de temps en temps, à moi lutteur, un de ces mots qui veulent dire : courage ! Le combat n’est pas fini. Nous aurons encore besoin de force et de résolution, nous qui sommes dans la mêlée. Quant à moi, j’ai le cœur à la fois plein de crainte et d’espérance. J’ai une foi profonde dans l’avenir de la civilisation et de la France, mais je ne me dissimule pas les chances de la tempête. Nous pouvons sombrer comme nous pouvons aborder ; je crois à deux possibilités : un naufrage horrible, un port magnifique. Que Dieu nous mène !
Nous aidons Dieu.

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