«Et si je ne suis pas sûre de la puissance de mon cerveau, je suis tout à fait certaine de celle de mon cœur.»
Virginia Woolf

Les lettres les plus aériennes et audacieuses d’une icône de liberté et d’indépendance. Auteure incomparable, Virginia Woolf se révèle aussi une amie sans égale : directe et empathique, curieuse et attentive. L’écrivaine s’ouvre ici à ses amies d’une vie, celles qui, plus que toutes autres, ont pénétré son univers secret de passions et de pensée.

Pionnière de la littérature moderne et figure centrale du Bloomsbury Group, Virginia Woolf (1882-1941) a composé une œuvre magistrale, entre romans, essais et critiques. Sa correspondance, qui occupe une place centrale dans son écriture et dans sa vie, se révèle à la fois profonde, inquiète, facétieuse et frivole, et offre un tableau haut en couleur de la société intellectuelle anglaise de l’époque. Les lettres à ses amies ou aux femmes qui lui sont chères nous montrent une Virginia non pas en proie à la dépression mais pleine de vie et de bienveillance.

Extrait • Lettre de Virginia Woolf à Ethel Smyth

En 1930, la compositrice Ethel Smyth déboule sans trop de considération dans la vie de Virginia Woolf. La romancière s’en plaint à son neveu et futur biographe Quentin Bell : « Une vieille dame de 70 ans est tombée amoureuse de moi. C’est une chose à la fois horrible, odieuse et triste. C’est comme être emprisonnée entre les pattes d’un crabe géant. » Femme très dynamique et passionnelle, Ethel fit littéralement le siège de l’écrivaine, réussissant à contourner ses subtiles réticences et à dépasser les barrières érigées par son intelligence. Elle finit par obtenir l’amitié de Woolf et une série de lettres, toutes plus belles les unes que les autres, où l’auteure se dévoile, trouvant le courage et la liberté d’avouer sa propre fragilité.

52 Monks House [Rodmell, Sussex] 19 août 1930

« Je ne crois pas aimer vraiment qui que ce soit ». Je me suis réveillée cette nuit en me disant : « Je suis pourtant la plus passionnée des femmes. Ôtez-moi mes affections, et je serais pareille à une algue hors de l’eau, à la carcasse d’un crabe, à une coquille vide. De mes entrailles, ma moelle, mon suc, ma pulpe, de toute ma lumière, il ne resterait rien. Je serais soufflée dans la première flaque et je m’y noierais. Ôtez-moi l’amour pour mes amis, l’urgence brûlante de l’importance de l’existence humaine, de ce qu’elle a d’attirant et de mystérieux, et je ne serais plus qu’une membrane, une fibre incolore et sans vie que l’on pourrait jeter comme n’importe quelle déjection. Alors qu’ai-je voulu dire quand j’ai écrit à Ethel : “Je ne crois pas aimer vraiment qui que ce soit” ? » C’est vrai : je ne cherche à me faire remar­quer qu’auprès des femmes. Seules les femmes stimulent mon imagination – sur ce point je suis d’accord avec vous. […] Et souvenez-vous – non pas que vous risquiez d’oublier ce fait essentiel – quelle étrange chose je suis, pareille à un miroir fêlé dans une foire. Seulement, tandis que j’écris ces lignes, me frappe le fait que je romance, comme d’habitude, irrésistiblement aiguillée par l’attrait d’une phrase ; alors qu’en réalité Virginia est simple, si simple, tellement simple : il suffit de lui donner de quoi jouer, comme à une gamine. […]

Votre Virginia

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