« Je préfère les personnes désagréables, elles m’épargnent la fatigue de devoir les aimer. »
Jane Austen

Jane Austen, la plume la plus mordante du XIXe siècle anglais, déploie dans sa correspondance intime – notamment avec sa sœur et ses nièces – son incomparable prose, ironique et élégante à la fois. Ce petit livre distille, lettre après lettre, un concentré d’intelligence pratique, sociale et littéraire, dessinant avec précision un parcours d’émancipation et de conscience artistique.

Jane Austen (1775-1817) est de nos jours la plus aimée des écrivaines britanniques. Ses grands chefs-d’œuvre, d’Orgueil et Préjugés à Emma en passant par Raison et Sentiments, continuent d’enchanter les lecteurs de toutes les générations. Dans sa correspondance, elle écrit avec la vivacité, l’acuité et l’ironie qui font le sel de ses plus fameux romans. Des milliers de lettres qu’elle a rédigées, seules quelque 160 sont connues à ce jour, sa famille en ayant détruit la majorité.

Extrait • Une lettre de Jane Austen à James Stanier Clarke

Après avoir été invitée au palais de Carlton House, à Londres, Jane Austen avait dédicacé son roman Emma, publié en 1816, à « son Altesse Royale le Prince Régent ».­­ Dans son message de remerciement, James Stanier Clarke, le bibliothécaire du prince, s’était permis de conseiller à l’auteure de composer un roman historique. Austen lui répond ouvertement, tout à fait sûre désormais de la force de son écriture.

Chawton, 1er avril 1816

Mon cher Monsieur,
Je suis honorée par les remerciements du prince, et je vous suis très obligée pour l’affabilité avec laquelle vous évoquez mon travail. […]
Il est vraiment très aimable de votre part de me dispenser des conseils sur le genre de narration susceptible de m’apporter la reconnaissance en ce moment, et je suis tout à fait consciente du fait qu’un roman historique basé sur la Maison­ de Saxe-Cobourg serait bien plus efficace pour obtenir le profit ou la popularité que les tableaux de la vie domestique dans des villages de campagne que je dresse. Je suis cependant tout aussi incapable d’écrire un roman historique qu’un poème épique. Je ne pourrai me mettre sérieusement à écrire un roman sérieux sans autre motif que celui de sauver ma vie, et s’il était indispensable que je le fasse et que je ne doive plus jamais me laisser aller à rire de moi-même ou des autres, je suis certaine que l’on me retrouverait pendue avant d’avoir terminé le premier chapitre. Non, je dois rester fidèle à mon propre style et continuer sur ma voie à la manière qui est la mienne ; et bien que je puisse ne jamais avoir de succès de cette façon, je suis convaincue que j’échouerais totalement s’il s’agis­sait d’une autre.
Je reste, mon cher Monsieur,
Votre très reconnaissante et très sincère amie,

J. Austen

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